Roses des Sables et Mille Perthuis
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Ensablements et orientation
Le Paris-Dakar du Pauvre

Episode 19

Ce feuilleton relate le tout premier voyage en Afrique de l'auteur. Il n'a jamais fait l'objet de publication mais illustre les paysages et certains lieux dont il est question dans ses livres.

R6 Episode précédent :

Episode 18 : Tamanrasset - In Guezzam




Epave seule dans le Sahara



Si nous avons réussi, hier, à nous extraire des ensablements successifs, ce n'est apparemment pas le cas de tout le monde.

De ces épreuves, nous avons tiré un enseignement. Il y a une méthode pour sortir son véhicule d'affaire et un tas d'autres pour accentuer l'enfoncement.
Aujourd'hui leçon numéro deux : trouver comment éviter d'avoir à appliquer la première leçon.
A cet effet, nous arrêtons la voiture dès que la nature du terrain paraît suspecte. Les passages pouvant se révéler hostiles sont testés de pied ferme. Nous allons même jusqu'à les "baliser". On gagne du temps à en perdre.
Face aux mers de sable, la troisième leçon consisterait à enseigner la natation à notre Renault 6. Le poids handicape rarement les humains dans l'exercice de la planche. Dans le cas de notre auto, la surcharge pondérale ne favoriserait pas sa flottaison. Oublions ! et continuons à privilégier la terre ferme. La planche nous sera plus utile, mise sous les roues.

Redjem dans le Sahara


La vérité doit être dite : ici, ce n'est pas nous qui avons balisé la piste.





un redjem

                                                                               
Eviter les ensablements ou s'en extraire, ne résume pas les apprentissages auxquels nous contraint le désert. La priorité des priorités est l'orientation dont notre inexpérience en réduit le sens à l'art de ne pas se perdre.
Pour ne point s'égarer, la sagesse voudrait que nous suivions le "sillon" principal. Cette option de bon sens n'est pas partagée par la garde au sol de notre véhicule. On se rabat alors sur des traces secondaires moins empreintes et donc éphémères. Qu'en resterait-il après un vent de sable ? Rien n'assure, non plus, qu'elles mènent où nous voulons. A In Guezzam.
Il y a aussi, comme un peu partout dans le monde, de petits amoncellements de pierres, appelés ici "redjem". Ils contraignent Michelin et ses bornes à la modestie. L'invention est antérieure. Ils rassurent, mais qu'en partie. Quelle direction indiquent ces cairns ?

Alignements de pierres - repères dans le Sahara



On se fie aussi à ces alignements de pierres. Ils marquent un itinéraire ou parfois une simple "déviation" à  l'écart des ornières.

Land Rover de la gendarmerie d'In Guezzam (1982)


La dernière fois que je traverserai cette partie de désert, ce sera de nuit, au volant d'une Land-Rover de la gendarmerie algérienne. J'en aurai fait des progrès ! Mais ne débordons pas sur cette histoire qui, elle, est narrée dans "l'Auberge aux Pans d'Or".

Reliquat de la pancarte de l'embranchement vers In Azaoua



Nous aurions pu trouver aussi une pancarte directionnelle. Celle-ci indiquait, à l'époque française, la direction d'In Azaoua. La piste est donnée aujourd'hui (1981) comme impraticable.

Aujourd'hui, nous ne l'avons pas vue. Nous sommes passés à l'ouest ce qui nous a évité de croiser ces anciennes traces et par là-même la tentation de les suivre. On dit que certains l'ont fait et n'en sont pas revenus.
Le Sahara au crépuscule


De la journée, nous n'avons vu personne. On a cru entendre parfois le vombrissement lointain de moteurs de camions, vu s'élever de la poussière à des distances difficiles à apprécier, entraperçu un 4X4 cahotant en sens opposé sur des traces parallèles, mais d'humains, point.


D'ensablements en ensablements nous avons progressé vers In Guezzam. Du moins nous l'espérons.
Nous ne choisissons pas notre lieu de campement. Vers la tombée du jour, par soucis de sécurité, nous avons rejoint des traces plus importantes qui nous ont retenus à dormir. Tous nos essais pour sortir de la molle emprise ont été vains. Nous sommes contraints à déplier sur place angoisse et tente de toit. Comment ne pas songer qu'un véhicule puisse nous percuter durant la nuit. Mais que faire ? S'acharner, équivaut à perdre des forces, consommer anormalement du carburant et de l'eau.
Bivouac suite à ensablement en direction d'In Guezzam



Demain matin, le sable refroidi sera plus dur et la fraîcheur matinale confortera nos efforts.


Nos prévisions se révèlent exactes. A la lumière d'une aube nouvelle notre situation se présente sous un jour moins dramatique, et un quart d'heure plus tard, moins ensablé.

Tout à la joie de s'être une fois de plus tirés d'affaire, nous reprenons hardiment notre progression vers la frontière. Hardiment mais pas longuement.
Hors des traces brassées par l'intense circulation - 10 véhicules par jour - il semble que nous allons dompter ce désert.
Plus on aborde rapidement un passage de sable mou, plus on a de chance de le traverser... ou de s'y ensabler loin du bord.  
Le plancher de la Renault 6 ne tarde pas à se poser sur l'arène au centre du milieu de nulle part.
Il va falloir changer de tac-tic. Envisager de repartir après avoir dégagée l'auto de manière conventionnelle amènerait à disserter sur l'infinité du temps. Hors nous n'en avons pas le temps et le moteur de la Renault 6 n'est pas donné pour tenir allumé aussi longtemps. Il risquerait de "fondre" sous la chaleur avant la fin de l'éternité. Si on l'éteint entre chaque tentative, c'est la batterie qui sera sollicitée au-delà de ses forces déclinantes.
Nous possédons un tire-fort. Rien de bien extraordinaire mais suffisant pour soulever une voiture. Il devrait parvenir à la tirer. Un rocher voisin servira de point d'attache.
Il faut encore avancer le véhicule de quelques mètres. Le câble, même prolongé d'une corde, l'exige.
La manoeuvre rapproche les points de vue, une heure et demie plus tard. Le treuillage peut commencer.
Clic, clic... Ca bouge !

Le tire-fort tirera-il, la tire, fort ? L'union du câble et de la corde aura-t-elle raison de l'immobilité de l'auto avant le prochain passage du marchand de sable ? Le temps qui passe emprunte-t-il au "t'en fais pas" ?
 
Vous le saurez... peut-être, en parcourant l'épisode suivant :

R6
Vingtième épisode : Les Dunes de Laouni



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